Said
Akl (1926 - 2001) Biography:
After his beginnings as an expressionist, Said Akl turned towards
other horizons. He was born in 1926 in Damour. In 1949 he attended
the Lebanese Academy of Fine Arts then went to Paris in 1951, where
he devoted himself to study and research. He stayed there until
1954, the year he organized his first exhibition at the Gallery
Le Cadre.
He
made regular trips to Europe: A study scholarship in Rome in 1955
and three trips to Paris in 1958, 1963 and 1964. In the French capital,
he visited the studios of Waldemar George, Marc Saint-Saens and
Jean Picart Le Doux.
In
fifties, he felt for the first time the burning need to assert his
independence. Said Akl's works are almost exclusively cerebral.
Each line, each color is in a place assigned by the intellect. Nonetheless,
this "intellectualist" world gives the impression of spontaneous
work, springing from a naive and candid imagination.
When,
at the beginning of his career, he was insisting on the abyss that
cut him off from reality, he was already seeing forms that few people
perceived, such as the squirming of fantastic forms that humidity
traces on limestone, or which sap leaves behind on a tree trunk
section. All that is required then is a talented brush to materialize
from it an enchanted world.
However,
Said Akl himself wanted to be the author of this marvelous creation
in the universe and his undertaking appears as a reflexion of the
work of nature. He first draws a simple natural form and, as in
a mosaic, embeds in the outlines of the drawing letters of the alphabet,
either linked by handwriting or separated by printing types of geometric
or irregular shape. Then, he spreads the colors in a way to emphasize
each letter and to link it to the others within a vast whole with
harmonious rhythms. Throughout this complex operation, the letters
assert their own presence but it is the action interconnecting them
which creates a magical atmosphere and a kind of visual intoxication.
However,
Said Akl's ambition is not to limit himself to that. From his experience
in the seventies, he has accomplished an almost decisive breakthrough:
He has developed a calligraphic stylism, blended and simplified,
incorporated to the whole and to the details of the serene enjoyment
which authentic art can bring about.
This
vision is not only inspired by the horizons of the East. It goes
beyond to reach the marvelous worlds of virgin lands, as if he were
recreating the genesis of the world.
(He took part in all the exhibitions of the Minitry of National
Education and Fine Arts, in the Biennales of Alexandria and Sao
Paulo and of Paris - 1954)
(President of the Republic Prize - 1955)
2001:
Akl died leaving his works among his family
Article
in French: SAID AKL Par Salah Stétié
VOICI une exposition appelée à faire date dans les
annales de la peinture libanaise et, qui sait? dans celles de la
peinture tout court. Je pèse mes mots: c’est une exposition
hautement, merveilleusement originale.
Ici je restitue au mot « original » son sens d’«
originel ». Nous sommes, avec Saïd AKL, à l’origine
de la peinture. Nous refaisons avec lui, vers la source, un chemin
désappris depuis longtemps – depuis l’enfance et, j’aimerais
le montrer, depuis plus loin que l’enfance.
Aujourd’hui, l’on s’est habitué à charger l’art de
significations annexes tellement étrangères à
sa nature que l’œuvre, couverte d’oripeaux philosophiques, conceptions
et préconceptions, n’est le plus souvent que l’étendard
déployé d’une attitude morale devant le monde et le
lieu d’une ambiguïté entretenue à plaisir par
la critique. Figuratif contre non-figuratif, abstrait contre «
réel », le domaine de l’art est devenu le champ d’une
bataille confuse dont la principale victime est le peintre lui-même
qui, quoi qu’il fasse et si génial qu’il soit, se verra toujours
farouchement nié par le parti adverse, armé jusqu’aux
dents au service d’une Cause Sainte : la cause de « l’art
véritable »qui est – n’est-ce pas, messieurs les marchands
de tableaux internationaux, et vous, messieurs les courtiers-critiques
– l’art de… vendre votre marchandise de préférence
à toute autre?
Au Liban, par bonheur, le problème, s’il existe, ne se pose
pas en termes aussi après. L’artiste conserve une grande
autonomie de manœuvre. Il fait ce qu’il veut ou ce qu’il peut. Entre
les deux clans, il y a des échanges, une porte ouverte. Mais
Saïd AKL, lui, n’a jamais eu à franchir cette porte.
Très tôt, il s’est isolé.
Depuis des années,
il travaille en secret. Ne montre pas le résultat de ses
recherches. Aveugle, semble-t-il, à tout ce qui n’est pas
cette recherche elle-même. Ni passionné de figuratif,
ni d’abstrait. Suivant son fil d’Ariane, avec ce regard de myope,
qui sait être le plus attentif de tous. Allant, nous demandions-nous,
intrigués, vers où?
A vrai dire,
il avait entre-temps exposé une ou deux fois: des dessins
d’une grande finesse et ductilité linéaire qu’on s’est
plu à qualifier de « décoratifs » ou même
d « énigmatiques », à la Klee : des peintures
semi-figuratives, évocations poétiques de formes et
de figures, fleurs et femmes perdues dans des vapeurs colorées
dont elles semblaient la lente condensation. Mais, curieusement,
à ces choses qu’il nous montrait et qui étaient belles,
l’artiste ne paraissait nullement attaché. Il faisait allusion
à une autre œuvre, la véritable, avec laquelle il
restait enfermé, tel l’alchimiste dans son laboratoire, expérimentant
des substances, quêtant la pierre philosophale. A peine s’il
consentait à nous livrer, par bribes, et non sans remords,
quelques indications sur le sens de son entreprise cachée:
il parlait de renouer avec la tradition de l’Orient il aimait le
mot « arabesque ».
Aujourd’hui, la Grande Œuvre de Saïd AKL, la voici – révélée
pour la première fois. Une vingtaine de travaux graphiques
: quinze ans de patience et de mûrissement. Un style ni figuratif,
ni abstrait – le vocabulaire habituel de la critique d’art fait
défaut à qui tenterait de décrire ce style.
Je suis frappé par la fraîcheur du coloris et l’évidence
plastique des signes, admirablement élaborés, dont
le peintre charge sa toile, sans la surcharger. Chacun de ces signes
est imaginé comme une unité absolue, noue, fermé,
emprisonné dans les méandres de son chiffre, et n’entretenant
avec le signe voisin, aussi indépendant, aussi complet, que
des rapports de courtoisie formelle, comme ceux, par exemple, des
éléments d’un alphabet, chacun isolé, chacun
différent, liés pourtant par on ne sait quelle parenté
dans la profondeur. Si je dis que l’œuvre de Saïd AKL est la
transposition et l’orchestration de l’écriture arabe, de
la coufique notamment, j’ai conscience de ne rien dire de bien précis.
Si je dis que sa couleur emprunte à l’art de la faïence
islamique en même temps que l’éclat – accentué
par la technique de dessin en relief et le contraste avec le fond
noir et mat – ce violent et persistant décalage par rapport
aux tons de la nature (beaucoup moins purs, toujours mélangés),
j’aurai défini une des tendances les plus intéressantes
de l’œuvre, mais non le déconcertant plaisir de voir une
neuve application, réussie, d’une antique formule. Et surtout
comment exprimer l’aigu plaisir de ce mariage contre nature: Entre
une écriture abstraite qui s’épaissait jusqu’à
devenir une forme inventée, riche de suggestions, et une
couleur d’une substance unie, étrangement décantée
– au point d’en devenir abstraite?
J’ai employé le mot « plaisir ». Matisse, autre
Oriental, définissait le tableau comme le lieu, pour l’amateur,
d’un certain plaisir, ou repos. Ce plaisir naît du tableau
de Saïd AKL comme le sentiment d’une sérénité
sans mesure. Direz-vous de ses toiles, de ses graphismes, qu’ils
sont essentiellement décoratifs – cherchant par-là
à minimiser tout en soulignant leur élégance,
leur étrange pouvoir d’envoûtement? C’est oublier que
la ligne lovée sur elle-même, puis vivante et recommencée
comme la vague, peut exercer sur l’esprit une redoutable et séduisante
emprise. Un graphisme, notamment, de Saïd AKL, est la plus
aérienne des toiles d’araignée, où la rêverie
vient délicieusement se prendre. « Le dessin arabesque,
le plus spirituel de tous… », écrit Baudelaire.
Voici donc, revendiqué avec force par un artiste lucide et
sensible, l’héritage du plus vieil Orient. Voici revivifié
le patrimoine. Et, parce que la leçon de l’Orient imprègne
toute la peinture d’aujourd’hui – de Klee à Tobey, de Matisse
à Mathieu – l’œuvre de Saïd AKL est, de toute son authentique
singularité, « dans le courant ».
Où est, dans tout cela, l’enfance dont j’ai parlé
au début ? Elle est dans le climat d’une œuvre qui ne veut
être qu’une suite d’images et ne prétend délivrer
d’autre message que de féerie et de fraîcheur. Saïd
AKL, avec application, et comme en tirant un peu la langue, travaille
à illustrer on ne sait quelles abstraites « Mille et
Une Nuits », à l’âme à la fois innocente
et nocturne. Elle est cette enfance, dans l’attitude de l’artiste
qui est de désintéressement absolu. Saïd AKL
ne demande à la peinture que de l’aider à exister
davantage en lui tendant, comme en un miroir magique, la figure
accomplie de son rêve: au sens le plus noble de l’expression
il peint pour vivre.
Salah
Stétié

Collage - 44 x 36 cm
►► Some
of the artist's artwork
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