Objets
de parcours - Jihad Darwiche.
Agenda Culturel no. 325 du 11 au 24 juin 2008
Non loin des "Mille et une nuits" ou des "Malices
de Hodja" (Jeha). Jihad Darwiche nous raconte son histoire
à travers ses objets: "Je ne m'attache pas beaucoup
aux objets, ou j'essaye de ne pas le faire. Pourtant quelques-uns
m'accompagnent depuis des années". Il en choisi trois.
1- La
clé
C'est un fil qui me relie à ma mémoire et à
mes racines."
C'est à Marwaniyé
au Liban-Sud où il est né en 1951, que Jihad Darwiche
remarque, alors qu'il n'avait que 5 ou 6 ans, une clé accrochée
au cou d'une femme palestinienne. "J'ai appris petit à
petit que beaucoup de Palestiniens étaient partis en emportant
la clé de leur maison qu'ils pensaient retrouver quelques
jours plus tard lorsque la guerre serait finie. Cette clé
m'a obsédé. Elle m'obsède encore aujourd'hui.
Cette femme parlait de tout ce qu'elle a perdu, là-bas en
Palestine. Elle parlait en caressant sa clé, comme si cette
clé était devenue sa mémoire". Darwiche
étudie successivement à Beyrouth puis à Montpellier.
Avec le début de la guerre civile au Liban, il devient journaliste,
puis rejoint la France en 1983, emportant une clé: "J'ai
pris la clé de ma maison. J'ai besoin de vérifier
de temps en temps qu'elle est là". En 1984, Darwiche
devient conteur et se rend compte que la clé est présente
dans plusieurs de ses histoires sur le Liban.
2- Le
poème d'Ibn Arabi qui dit, entre autres,
"Ma religion est la religion de l'Amour, peu importe où
les caravanes de l'Amour se dirigent. L'amour est ma religion et
ma foi".
En 1961, Darwiche s'établit
à Saida où la tradition du conte est encore vivace.
Son enfance est imprégnée de contes, de poésie
et de récits traditionnels que racontaient sa mère
et les femmes du quartier. A l'âge de 9 ans, Darwiche découvre
le poème du grand philosophe Ibn Arabi, il nous confie: "Les
années sont passés et je l'ai perdu. Il est revenu
me hanter pendant la guerre civile. Je l'ai retrouvé et calligaphié.
Il était devenu mon point de repère. Il s'est perdu
à nouveau; mais cette fois-ci, il était gravé
dans ma mémoire. Je finissais beaucoup de mes soirées
en le récitant. Il y a deux ans, je l'ai retrouvé.
Ce poème est accroché devant mon lit. On se dit bonjour
et bonne nuit".
3- Le
foulard
L'image de ce foulard a toujours été liée au
conte dans ma mémoire."
C'est le foulard de sa
mère. Darwiche explique, "Quand elle contait ses contes,
son foulard glissait sur ses épaules. Enfant, j'en prenais
le bout entre les doigts pour écouter, puis je tirais dessus
discrètement pour réclamer un conte de plus. C'est
probablement, la raison pour laquelle je porte une écharpe
pour conter." Lorsque sa mère tomba malade et perdit
la parole, c'était au tour de Jihad de lui raconter des histoires
pour apaiser ses angoisses. "Elle prenait le bout de mon écharpe
entre ses doigts pour écouter et tirait discrètement
pour réclamer un nouveau conte. A la mort de ma mère,
j'ai gardé son foulard dans un tiroir chez moi. Je ne le
regarde presque jamais, mais je sais qu'il est là. Signe
de la transmission de cette parole qui nous unissait."
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